Née à Saint-Étienne d'une mère professeur de danse et chorégraphe et d'un père musicien originaires d'Algérie, c'est ici que Phérielle a grandit, étudié la philosophie et la théologie, tout en étant baignée dans des musiques, histoires et sonorités venues du Maghreb. Toute petite, elle passait beaucoup de temps chez sa grand-mère pendant que ses parents partaient en tournée. Celle-ci lui chantait des berceuses dans sa langue maternelle, en arabe.
Aujourd’hui, Phérielle est bibliothécaire à la médiathèque de Carnot au sein de laquelle elle a créé le spectacle "Au jardin des malices" autour de berceuses du Maghreb, avec la participation de sa collègue Claire Lortet et de son père musicien Hakim Kelfat. A la demande de sa fille, il accompagne les comptines au oud, à la derbouka, au rigg et au bendir.
Dans cet enregistrement collecté par Paul Raymond Diouf, Youcef Ferhat, Johana George et Mélaine Lefront dans le cadre du projet Comment sonne la ville ? Musiques migrantes de Saint-Étienne (2014-2017), Phérielle chante trois comptines algériennes : "Nani nani", "Gochla" et "Sissan".
Nani nani, traduit par Phérielle Kelfast
Nani nani ya becha,
(Dodo dodo p'tit nourrisson)
Wach ndirou lila'cha ?
(Qu'allons préparer ?)
Ndirou jari bdebcha ?
(Nous préparons une soupe)
Bach yakoulha bibiya !
(Pour régaler le bébé !)
NB: au sein des foyers, le mot "bibiya" qui signifie bébé est remplacé par le prénom de l'enfant.
Gochla
Gochla ya Gochla,
(Gochla ô Gochla)
Gochla baba 'Ali,
(Gochla papa Ali)
Jay sali bina
(Il est venu diriger la prière)
Tah fel basina,
(Il est tombé dans le plat)
Basina masousa,
(Le plat manquait de sel)
Bint khali moussa,
(Ma cousine Moussa)
A'tini cha'ra men rasek,
(Donne moi un cheveu de ta tête)
Bach nraqa' sabati,
(Pour recoudre ma chaussure)
Sabati 'and el qadi,
(Ma chaussure est chez le juge)
El qadi ma'andouch khbar,
(Le juge ne le sait pas encore)
Mratou jablatou far.
(Sa femme a accouché d'une souris)
Sissan est une chanson de la ville du nord-ouest algérien, Tlemcen, mettant en scène deux personnages:
- le chat Sissan qui est le fidèle compagnon du Prophète mais aussi des enfants algériens pour son caractère de voyou voleur, glouton et malchanceux
- Madame Zoubida, un personnage d'une bonté infaillible à qui il arrive toujours des mésaventures.
L'histoire est celle du chat Sissan qui a dérobé de la viande séchée à Lalla Zoubida. Pour le punir, Zoubida a mis du poison dans la viande provoquant la mort du chat.
Hakim accompagne les strophes de Sissan avec le rythme égyptien melfouf à la derbouka.
Ce récit croisé de Phérielle et Hakim (cf. Notice externe) atteste autant d'une transmission familiale de savoirs que de parcours différenciés au sein d'une même famille.


