La musique à danser au violon

Le plateau de l'Artense, au sud-ouest du Puy-de-Dôme, est un territoire marqué au fer blanc par la musique des violoneux, dont une grande partie est faite pour la danse, et présentant des éléments de styles marqués tout-à-fait reconnaissables.

Les environs de La Tour d'Auvergne ont été fouillés par un violoneux collecteur passionné et grand connaisseur du coin : Eric Cousteix. Ses enregistrements, datant du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, comptent parmi les plus riches témoignages de la musique de l'Artense, présentant un répertoire dont une partie est générale sur tout ce territoire, et dont une autre partie semble plus spécifique aux environs de La Tour d'Auvergne.

Voici une sélection de morceaux joués au violon et chantés pour découvrir quelques des plus belles pièces de ce répertoire.

Jean-Marie Chassagne, artiste de la cadence

Cette polka, interprétée avec brio par Jean-Marie Chassagne de Pallut, est sans conteste un des "tubes" de la musique à danser, dont on retrouve de nombreuses versions.

Jean-Marie Chassagne est un maître de la cadence, au jeu ornementé, rythmique et précis. Après cette polka, voici plusieurs morceaux essentiels de son répertoire, représentatif à la fois de son jeu et des couleurs musicales propres à la musique de l'Artense.

Vous écouterez successivement la scottish "Dans un bois comme dans un pré", la magnifique "Valse de la Chasse" et le morceau fétiche de ce violoneux : la "Mazurka du Père Chanet" qui est une version de l'air connu également sous le titre "La petit gamin".

Jean-Marie Chassagne (coll. AMTA)

Nous ne quitterons pas la musique de Jean-Marie Chassagne sans écouter sa façon de jouer les bourrées, dont en voici une qu'il mène particulièrement bien :

Jules Lacoste : le sens mélodique et le sens du son

Cette bourrée interprétée par Jules Lacoste de Caux, à côté de Saint-Donat, montre l'inventivité de ce violoneux en matière de développement mélodique. On pourra apprécier aussi la qualité sonore de son jeu, dont le son et la rythmique sont un peu différents de Jean-Marie Chassagne.

Voici d'autres pièces de son répertoire :

Jules Lacoste (coll. AMTA)

La fameuse "marche de l'Anglars" a été enregistrée à plusieurs reprises auprès de plusieurs musiciens, à des époques différentes. Chaque morceau transmis oralement a une histoire.

L'Anglars était le surnom donné à François Mouret, un violoneux aveugle dont le jeu était tel qu'il a marqué toute une génération de musiciens, qui ayant gravité notamment autour de son fils Alfred Mouret, excellent violoneux également, ont continué à perpétrer son répertoire, mais aussi son style si particulier, dont la couleur et les motifs mélodiques séduisent souvent les musiciens amateurs de musiques traditionnelles.

Voilà une bourrée, intitulée "Ieu n'ai cinc soùs", et dont les Mouret avaient une version mélodique bien spécifique, que l'on reconnaît ici dans l'interprétation de Jules Lacoste :

Alexandre Bapt : du violon dans la voix

Alexandre Bapt, s'il n'est pas un chanteur dit "à voix", est certainement un chanteur "à style" et son répertoire présente des subtilités mélodiques et rythmiques que l'on retrouve dans la musique à danser de violon. Ancien violoneux lui-même, il a la particularité d'avoir des paroles pour chaque morceau. Ses chants sont  ainsi une ressource précieuse pour qui s'intéresse au parler local artensier.

Alexandre Bapt (détail, coll. COUSTEIX)

La musique à danser n'est pas le seul type de répertoire partagé : les "Réveillez", chants de quêtes de la période de Pâques, sont très présents dans les mémoires et constituent certainement une des plus grandes originalités du répertoire Artensier, tant du point de vue mélodique que des textes, souvent liés à l'évocation de la mort et à des éléments de religion populaire.

Alexandre Bapt en avait plusieurs à son répertoire, dont voici un qu'il affectionnait particulièrment : La clochette.

Mortels au son de ma clochette·

Interrompez votre sommeil·

Par un salutaire réveil

Voici votre fin qui approche

Et pensez que vous auriez tort

De ne pas penser à la mort

Nous la devons toujours atteindre

Elle n'a qu'un jour certain

Peut-être même ce matin

Un ange avec[que] sa trompette

Fera savoir à tous les gens

Qu'il faut qu'ils pensent à la mort

Encore un coup de ma clochette

À la fin de ce réveillon

Afin que ce lugubre son

Pénètre dans chaque couchette

Et qu'il vous fasse entendr' bien fort

Qu'il vous faut penser à la mort

Les "Réveillez", des chants de quête et de partage

Les "Réveillez" sont toujours l'occasion de partage et de fête, et sont constitutifs de la vie sociale : un groupe de musiciens et chanteur parcourt de nuit un village de maison en maison en chantant des chants édifiants, il récolte des oeufs, passant un moment chalereux avec les habitants qui l'acceuillent, partageant le lendemain l'omelette de la convivialité.

Le répertoire de réveillez peut surprendre au premier abord, par sa dimension religieuse, en particulier. Mais ce n'est qu'un habit : le thème principal étant la fragilité de la vie, la présence de la mort à laquelle il faut penser. L'aspect édifiant des paroles de ces chants, la beauté mystérieuse de leurs mélodies fascinent.

Voici deux autres pièces de ce surprenant répertoire :

André Gatignol, l'homme qui faisait chanter le violon

André Gatignol (cliché F. Breugnot, détail, coll. AMTA)

André Gatignol a certainement livré parmi les plus belles pièces de réveillez des alentours de La Tour d'Auvergne. Son jeu est très touchant, avec un son reconnaissable entre mille et ce vibrato si particulier qui fait sa signature. Les mélodies sous ses doigts paraissent simples, l'instrument chante comme s'il prononçait des mots.

Il a la particularité de jouer certains morceaux et de les chanter en même temps, ce qu'il faisait volontiers pour les réveillez, dont voici certainement son plus célèbre :


Ces quelques pièces ne sont qu'un aperçu de la musique des alentours de La Tour d'Auvergne, et nous espérons qu'elles vous ont permis de découvrir un monde musical bien particulier.

Il y aurait beaucoup de choses à dire encore, sur la façon de jouer, sur les notes dont la hauteur est étrange et qui donne sa couleur particulière à cette musique, sur d'autres musiciens. Restons-en là pour cet article et nous vous invitons à découvrir les enregistrements complets via les liens internet présents dans les notices, en consultant directement  la carte, ou en cliquant ci-dessous (les liens renvoient vers la Base Interrégionale du Patrimoine Oral) :

Fonds Eric Cousteix

Corpus Violoneuses et violoneux de l'Artense

Corpus Chanteuses et chanteurs de l'Artense

À l'écoute