Cette chanson évoque de façon violente une jeune fille qui se révolte contre le joug de son partenaire amoureux qui veut abuser d'elle. Les tentatives de meurtre des deux côtés, racontant le combat des amants, paraissent symboliques. C'est un bel exemple de "chanson de femme", très présentes dans la tradition orale. La comparaison des mélodies et des rythmes employés montrent à la fois des différences marquées et quelque chose en commun dans les trois versions concernant la découpe de la mélodie.

Version 1

Allons mie nous promener

Chanté par Rosalie Ferret, dentellière de Riou de Malrevers enregistrée le 2 août 1960 par Jean Dumas

Réf. Coirault : 9811 Le traître noyé

Réf. AMTA : JD_a064_01

Fiche Jean Dumas : 794

Allons mie nous promener / le long de cette mer courante

Allons y mie allons-y donc / tous nos délices nous prendrons

N'en furent pas au bord de l'eau / la belle n'en demande à boire

Avant de boire ce vin blanc / mie il faut boire votre sang

Oh mon ami déchaussez moi / tirez mes bas je vous en prie

La belle lance un coup de pied / dans la rivière l'est jeté

Le galant ne fut pas dans l'eau / se garantit par une branche

La belle lance son couteau / la branche n'a coupé dans l'eau

Mie que diront vos parents / quand ell's vous verront venir tout' seule

 Je leur dirai la vérité / Dans la rivière t'ai jeté

Venez diamants venez poissons / manger la chair de ce bon drôle

Venez diamants venez poissons / manger la chair de ce larron

L'interprétation de la chanteuse est typique du style de la chanson narrative traditionnelle partagée par les dentellières :

  •  le rythme n'est pas soumis à un tempo régulier mais est très rubato, quoiqu'organisé et présentant une découpe logique (alternance régulière de groupes de croches et de triolets)
  • les nombreuses ornementations de la mélodie notées ici en triolets s'inscrivent dans cette découpe rythmique.
  • les notes terminant les motifs mélodiques sont systématiquement allongées et tenues.

Version 2

Allons belle nous promener

Réf. Coirault : 9811 Le traître noyé

Réf AMTA : JD_a075_11

Fiche Jean Dumas : 919

Chanté par Marie Brun, 71 ans, dentellière à La Pénide de Saint-Hostien, enregistrée le 8 août 1960 par Jean Dumas

Allons belle nous promener / allons le long de ce rivage

Allons belle allons-y donc / tous nos plaisirs nous y prendrons

Mais avant de nous en aller / à la mer nous faut aller boire

Avant de boire ce vin blanc / belle déchaussez vos gants blancs

Ne furent pas au bord de l'eau / la belle lui demande à boire

Avant de boire ce vin blanc / belle déchaussez vos gants blancs

[...] La bell’ lui connaît ses finesses (parlé)

Mon bel ami dépouillez-moi / déchaussez-moi je vous en prie

Mon bel ami dépouillez-moi / mon bel ami déchaussez-moi

Le galant pour la déchausser / s'assit au bord de la rivière

La bell' lui lance un coup de pied / dans la rivière l'a jeté

Mais le galant tout en tombant / s'est retenu par une branche

La bell' n'en sortit son couteau / la branche n'a plongé dans l'eau

Mon bel ami si tu savais / que des poissons dans la rivière

Mon bel ami consolez-vous / y en a pas un plus gros que vous

Mangez poissons mangez larrons / mangez la chair de ce bon drôle

Mangez poissons mangez larrons / mangez la chair de ce garçon

L’interprétation est très sobre, sans éléments particuliers de style. On note l’absence de vibrato dans la voix et d’ornementation dans la mélodie. Cette dernière est très cadencée, s’inscrivant dans un tempo régulier dans le rythme indiqué sur la partition. Les points d’orgues indiquent une durée plus longue des notes terminant les phrases musicales. Le texte, quoiqu’incomplet, est plus long dans cette version qui présente trois couplets de plus.

Le quatrième couplet est manquant, devant indiquer les mauvaises intentions du galant et permettant de comprendre la ruse de la fille

Version 3

Allons mie nous promener

Réf. Coirault : 9811 Le traître noyé

Réf CMTRA : BW12_14

Chanté par Elisa Chastagnaret, 86 ans, au Moulinon, enregistrée en 1966 par Gérard Pigeron, son petit-fils.

(A1) Allons mie nous promener (A2) le long de la rivière (bis)

(A1) N’en furent pas au bord de l’eau

(B1) Lui dit mie déshabille-toi (bis)

(B2) Dans la rivière tu plongeras

(Abis1) Avant de me déshabiller (Abis2) quitte-moi mes souliers (bis)

(Abis1) Tout en lui quittant ses souliers

(B2) La bell’ lui lance un coup de pied

(B1) La bell’ lui lance un coup de pied (B2) dans la rivièr’ l’a fait plonger

(B1) Mangez mangez petits poissons (B2) la chair de ce maudit garçon

(Abis1) Que diront tous ses parents

(Abis2-2) Quand ils t’verront venir seulette ?

(B1) Je leur dirai la vérité (B2) dans la rivièr’ j’l’ai fait plonger

Cette version est très intéressante à plusieurs titres car il s’agit d’un très bon exemple de la plasticité de la chanson traditionnelle. Ici, l’histoire est concentrée en trois couplets, sur une ligne mélodie particulièrement difficile à comprendre. Nous assistons ici en direct au réveil de la mémoire de la chanteuse qui retrouve peu à peu la chanson en la chantant.

La mélodie est organisée en motifs qui se répètent, mais ne suivent pas un ordre très logique au premier abord. Il est probable que le second couplet soit un agrégat de plusieurs couplets, le premier également. L’enchaînement des parties A-B et de leurs motifs est perturbé et témoigne le plus souvent de lacunes dans la chanson. Ce qui reste ici permet de comprendre aisément l’histoire.

La première partie montre deux mélodies différentes, une première pour le premier couplet, et une autre pour les deux couplets suivants : ce procédé est très courant dans la chanson traditionnelle, le premier couplet servant d’appel a parfois son autonomie rythmico-mélodique, et on entre dans la chanson qu’à partir du second couplet.

Le deuxième motif (Abis2 et Abis2-2) de cette seconde première partie (Abis) s’adapte en fonction de la longueur du texte.

La deuxième partie (B) est relativement stable dont l’enchaînement des deux motifs B1 et B2 est un repère récurrent.

À l'écoute