Alloua Bakha, ex-directeur du centre social de Terrenoire, est né en 1954 à Saint-Étienne, de parents immigrés de Petite Kabylie, à la fin des années 40 et début des années 50. Alloua témoigne de la vitalité interculturelle des cafés stéphanois qu'il fréquente dans les années 70-80, où il aura l'occasion d'assister à une représentation du chanteur Slimane Azem, auteur-compositeur de la chanson Ad zzi saâ.
À travers l'histoire de Slimane Azem, Allaoua retrace le chemin parcouru par ses parents et grands-parents ainsi que la mémoire migratoire de plusieurs milliers de stéphanois originaires de cette région d'Algérie; tout en donnant une interprétation nourrie d'écoutes et forte d'une histoire collective.
L'exil a entrainé la création d'une expression musicale kabyle originale, ainsi que des modes de production et de diffusion propres à la diaspora. Si le chant se voyait essentiellement réservé aux femmes en Kabylie, l'exode rural est à l'origine d'une chanson kabyle masculine das les villes du Maghreb d’abord, en France métropolitaine ensuite.
Avec son groupe hybride "Iznaguen", Allaoua chante et joue en kabyle tout en remettant en cause les représentations rural/urbain, immigrés/autochtones afin de créer du débat dans l'assemblée. Tout en refusant toute récupération politique et folklorisation, Alloua a souvent mis sa musique au service de causes politiques. Après une pause de plus de trente ans, il a récemment reformé son groupe en allant encore un peu plus loin dans le métissage musical, mettant à profit l'expérience musicale, culturelle et sociale acquise : Iznaguen se dessine désormais comme un grand mélange de cultures, tant musicales que linguistiques, et d'individus issus de diverses origines.
Si le chant de Slimane Azem est doublé par le violon dans la version originale, Allaoua s'accompagne par des accords de type folk. L'enregistrement nous donne a entendre une version voix-guitare.
Cette version a été collectée par Anne Damon-Guillot, Romain Porquet et Oudom Southammavong, le 2 février 2015, dans le cadre du projet Comment sonne la ville ? Musiques migrantes de Saint-Étienne (2014-2017).
Ad zzi saâ (La roue tourne)
Aqlaγ am iččan ifelfel
Kul wa anda yehmel
Ur yaεqil ḥed axsim-is
Ur yaεqil ḥed axsim-is
Win y ufan gmas yewḥel
Ad as y kemmel
Yečča ula d aεwin-is
Yečča ula d aεwin-is
E ddunit truḥ tekfa
Temmenjar teḥfa
Temmenjar teḥfa
Tebbwed γar lexxar n ezzman
Tebbwed γar lexxar n ezzman
El qum i veddel essifa
I ketter di el ḥerfa
Wahmen ak widak yeγran
Wahmen ak widak yeγran
Ya Rebb azniyid l aεqel
Ad yekfu el batel
Ma n εac ad ezzi ssaεa
Ma n εac ad ezzi ssaεa
Traduction du kabyle par Allaoua Bakha :
Tu erres dans la fournaise
Comme la foule de tes semblables
Mais tu ne reconnais pas les tiens
Mais tu ne reconnais pas les tiens
Et gares à toi si tu trébuches
Ton frère affamé se précipitera
Sur tes maigres provisions
Sur tes maigres provisions
Car le monde approche de sa fin
Il est, comme toi, épuisé, usé
Nous arrivons à la fin des temps
Nous arrivons à la fin des temps
L'humanité est une fourmilière
Qui s'active à ses malheurs
La science n'y peut malheureusement plus rien
plus rien (x2)
Mon Dieu, que revienne la sagesse
Que cesse toutes les injustices
Et que la roue tourne enfin
Et que la roue tourne enfin


