Pour sa participation à une manifestation patriotique en 1863, Michał Bałucki (1837-1901), l'auteur du texte Góralu fut arrêté par les occupants autrichiens et condamné à un mois de prison à Cracovie. Il y écrivit cette chanson après avoir entendu le triste récit de son compagnon de cellule, un montagnard vagabond et contrebandier. Elle fut vraisemblablement mise en musique par Antoni Rutkowski en 1865.
L'interprétation de la chanson Góralu proposée par Léonarda et Félix Rolewski est composée de couplets chantés à l'unisson et de refrain à la tierce. De plus, elle figurait au répertoire de la chorale paroissiale polonaise de la Ricamarie lorsque cette dernière était dirigée par Félix pendant plus de vingt ans. La chorale rassemble une communauté qui n'est, à l'origine, pas uniforme et qui se retrouve afin de chanter à trois voix une Pologne profonde et rurale. En effet, venus à des époques différentes et de régions diverses, les Polonais immigrés à Saint-Étienne ne parlent pas toujours la même langue ni ne chantent les mêmes chants. Ainsi, la mission catholique polonaise joua un rôle structurant dans l’unification culturelle des Polonais de la diaspora.
Góralu peut résonner à la fois comme un chant de résistance politique et d'engagement catholique. En effet, ce chant patriotique fut interdit en Pologne sous le régime communiste car il évoque des territoires, des rivières et paysages dont la Pologne a été dépossédée au profit de l'Ukraine.
Sa mélodie a par ailleurs fait l'objet d'une reprise dans le cantique français "Victoire, tu règneras", chanté lors du carême. Le même cantique est repris le jour du Vendredi Saint en Espagne, au Portugal puis au Brésil lorsqu'il a été importé par les émigrés polonais à la fin du XIXe siècle.
Résidents dans le quartier de la Métare à Saint-Étienne, Félix et Léonarda Rolewski sont originaires de Pologne. À travers la musique, ils fournissent un témoignage précieux de la vie musicale de la communauté historique polonaise, celle venue dans les années 1930 dans le bassin houiller, mais également les communes de La Ricamarie et de Roche-la-Molière. Ils évoquent des lieux et des pratiques aujourd'hui disparus, contribuant à l'écriture de l'histoire sensible de la ville.
Cette version a été collectée par Anne Damon-Guillot et Mélaine Lefront dans le cadre du projet Comment sonne la ville ? Musiques migrantes de Saint-Étienne (2014-2017).
Góralu (Le montagnard), texte de Michał Bałucki
Góralu, czy ci nie żal
Odchodzić od stron ojczystych,
świerkowych lasów i hal
I tych potoków srebrzystych?
Góralu, czy ci nie żal,
Góralu, wracaj do hal!
Góralu, czy ci nie żal,
Góralu, wracaj do hal!
Góral na góry spoziera
I łzy rękawem ociera,
Bo góry porzucić trzeba,
Dla chleba, panie dla chleba.
Góralu, czy ci nie żal ...
Góralu, wróć się do hal,
W chatach zostali ojcowie;
Gdy pójdziesz od nich hen w dal
Cóż z nimi będzie, ach, kto wie?
Góralu, czy ci nie żal ...
Traduit du polonais par Léonarda & Félix Rolewski
Montagnard, ne regrettes-tu pas
De quitter ton pays natal,
Tes forêts de pins, tes alpages
Et ces torrents limpides ?
Montagnard, ne regrettes-tu pas,
Montagnard, reviens dans les alpages !
Montagnard, ne regrettes-tu pas,
Montagnard, reviens dans les alpages !
Le montagnard contemple les sommets,
Et de la manche s'essuie les larmes,
Car il faut quitter les montagnes,
Pour (gagner) son pain, monsieur, pour son pain.
Montagnard, ne regrettes-tu pas...
Montagnard, revient dans les alpages,
Tes pères sont restés dans leur chalet;
Quand tu partiras là-bas, loin d'eux
Que deviendront-ils ? Ah, qui pourra le dire ?
Montagnard, ne regrettes-tu pas...


