Fayçal El Mezouar est spécialiste de musique arabo-andalouse. Originaire de la ville de Tlemcen, située au nord-ouest de l'Algérie, il pratique le chant, le oud, la mandoline et le violon. Fayçal se professionnalise en Algérie avant de rejoindre Poitiers où il développe une carrière de musicien pendant une quinzaine d'année, collaborant avec le milieu du jazz et des musiques du monde; notamment en formant le trio Ifriqiya. Installé à Saint-Étienne depuis 2016, il interprète des musiques qui sont le fruit des croisements de différents répertoires savants et populaires des pourtours méditerranéens.
La musique classique arabo-andalouse algérienne, marocaine et tunisienne, se déploie essentiellement dans les nūba, suites vocales et instrumentales sur le système modal du tba'. C'est en France que Fayçal acquiert le système modal du makam, différemment décliné selon les traditions musicales arabes, turque, iraniennes, azéri, centrasiatiques. Selon le musicien, le makam, quoique largement répandu en algérie, notamment par la diffusion cinématographique égyptienne, reste peu présent en Afrique du Nord. Fayçal atteste d'une bi-musicalité accomplie quand il joue le makkam rast au oud avant d'enchaîner avec le tba' ṣīka au violon, sur un instrument fabriqué à Mirecourt dans les Voges!
La pièce enregistrée provient de la silsila d'inqilābāt, une suite de poèmes andalous chantés dans différents modes tubū' (pluriel de tba'). La silsila, dérivé populaire de la nūba, comporte des textes souvent tissés avec l'arabe dialectal local ou régional. Quand aux inqilābāt (pluriel d'inqilāb qui signifie révolution), ils désignent des chants courts. La pièce commence précisement par un prélude istikhbār au oud et au violon. Fayçal a opté pour un enregistrement multi-pistes. Le violon tient un bourdon sur la tonique do tandis que le oud improvise. L'istikhbār annonce et met en place le tba' nommé mūwel, mode dans le quel va se déployer toute la pièce. Sut alors un court interlude mesuré nommé kursī, interprété au violon doublé par le oud et la mandoline.
Vient ensuite la chanson "Mata nastarihou", accompagnée par les trois instruments et entrecoupée de passage instrumentaux en hétérophine (manière de jouer simultanément une mélodie et des variations de celle-ci) reprenant la mélodie vocale. "Mata nestarihu?" qui signifie "Quand trouverai-je un répit ?" est un chant d’amour, dans un genre poétique appelé zadjal dont le texte est en arabe dialectal. Cette pièce entre dans le vaste répertoire de la musique savante arabo-andalouse, connue sous des noms différents dans l’ensemble du Maghreb, tel que "la quête d'apaisement".
Cette version a été collectée par Anne Damon-Guillot, Arielle Dubois, Edouard Tirel, Alexandre Chassaing et Gianyi Peng
au studio Ohmnibus dans le cadre du projet Comment sonne la ville ? Musiques migrantes de Saint-Étienne (2014-2017).
Mata nastarihou, translittération et traduction par Fayçal El Mezouar
Mata nastarihou, min wahch el habayed
(Au repos salutaire nous aspirons, car l'éloignement des êtres chers nous fait languir)
Wa barqoun yalouhou min tahti essahayed
(L'orage est là, un éclair jaillit par-dessus les nuages)
Wa choubbane yaçihou a'n naghem errabayed
(Et le chant jeunes gens imitant le timbre de des violes retentit)
A'ddebni hawahoum we kwa qualbi kiyya
(Ces passions me font languir davantage et embrasent mon cœur)
Tellah manensahoum mahanou a'liyya
(Jamais je ne les oublierai, je ne puis demeurer indifférent depuis)
Tellah manensahoum mahanou feddounya
(Non jamais je ne les oublierai, tant que je serai de ce monde)
Ya qalbi essbar, watebbet yaqinek
(Oh mon cœur soit patient, et assois ta certitude)
Koullou chay mouqaddar mektoub fi djabinek
(Car chaque chose est prédestinée, inscrite sur ton front
Bil mahboubi tadhfar wel mawla you'inek
(Le vrai amour tu connaîtras, et le seigneur te soutiendra)
Meqsadi narahoum fi sa'a haniyya
(Mais je désire tant les revoir, dans un moment de pur bonheur)
Tellah manensahoum mahanou a'liyya
(Jamais je ne les oublierai, je ne puis demeurer indifférent depuis)
Tellah manensahoum mahanou feddounya
(Non jamais je ne les oublierai, tant que je serai de ce monde)


